Avant de remplir vos dossiers de roms, il faut comprendre ce que vous manipulez : deux fichiers portant le même nom de jeu peuvent donner deux résultats très différents à l'émulation.
L'émulation consiste à reproduire sur une machine le comportement d'un jeu programmé pour une autre machine. Sur la machine d'origine (console, borne d'arcade), le jeu n'est pas émulé : on dit qu'il tourne en natif. Il est alors stocké dans des mémoires mortes — sur la carte mère ou dans une cartouche — dont le contenu est appelé ROM (Read Only Memory).
Un émulateur charge cette ROM et exécute le programme qu'elle contient, en s'adaptant aux ressources disponibles (périphériques, vitesse d'exécution…). Par simplicité, on appelle « rom » aussi bien la puce que le fichier qui en reproduit le contenu.
Plus récemment, le contenu des jeux distribués sur CD-ROM ou DVD est copié dans un fichier image appelé ISO. Le principe reste le même : l'émulateur lit l'image comme le lecteur d'origine lisait le disque.
Il existe souvent plusieurs versions du même dump pour un même jeu, et la plupart d'entre elles sont obsolètes : dumps incorrects, hacks, faux, overdumps, underdumps… D'où l'importance de savoir d'où vient votre fichier.
Un ensemble cohérent de roms pour un système donné s'appelle un romset.
.datUn fichier .dat (parfois .xml) est un fichier de référence : il liste tous les jeux connus pour un système, avec leurs signatures (CRC32, MD5, SHA1) et leur taille exacte.
Comparé à votre collection par un logiciel adapté — clrMamePro, Romulus, RomCenter, RomVault… — il vous dit immédiatement quels fichiers sont corrects, lesquels sont abîmés et lesquels manquent. C'est l'outil de base pour trier et mettre à jour vos roms.
Un header (en-tête) correspond aux premiers octets d'une rom. Il indique à l'émulateur la taille de la rom, la région du jeu, le mappeur utilisé, le type de mise en miroir, la machine visée… Certains émulateurs refusent de lancer un jeu dépourvu d'en-tête.
Sur SNES, les headers ont été ajoutés par les copieurs de l'époque (Super Wild Card .swc, Super Magic Card .smc) pour « signer » et verrouiller les roms. Ils ne servent plus à rien aujourd'hui, sinon à faire fonctionner de vieux hacks conçus pour ZSNES ou d'anciennes versions de Snes9x. Les versions unheadered correspondent au contenu réel des puces de la cartouche.
Sur NES, il s'agit des headers iNES, qui décrivent les différents types de circuits et de révisions de cartouches — notamment les co-processeurs (puces MMC) ou les puces sonores (Konami VRCx). Certains émulateurs en ont besoin ; les plus récents, comme Nestopia ou Mesen, embarquent leur propre base de données et retrouvent le bon descripteur à partir du CRC32 de la rom.
Les groupes de préservation ne poursuivent pas tous le même but : certains cherchent la copie parfaite, d'autres l'exhaustivité. Cela change tout au quotidien.
No-Intro se consacre aux jeux sur support cartouche (Master System, SNES, Nintendo 64, Game Boy…). Il ne conserve que les meilleures roms, sans erreur ni modification, au plus près de la cartouche d'origine, et ne garde généralement qu'une seule version fonctionnelle par région (US, Europe, Japon, France…) plus les révisions officielles (Rev 1, Rev 2, Beta…).
Ce sont les meilleurs sets si vous comptez utiliser le netplay : tous les joueurs doivent avoir exactement la même rom.
Fichiers .dat : datomatic.no-intro.org.
Redump se consacre aux jeux sur support optique (PlayStation, Saturn, GameCube, Dreamcast…). Même philosophie que No-Intro : la copie la plus fidèle possible du disque original. Les images Redump sont plus volumineuses que les TOSEC ou TruRip, mais de meilleure qualité, ce qui se ressent directement à l'émulation.
Fichiers .dat : redump.org/downloads. La liste des disques non encore dumpés est disponible sur le wiki de Redump.
TOSEC vise l'exhaustivité : disquettes, cartouches, CD, mais aussi magazines, manuels et vidéos, pour les ordinateurs comme pour les consoles (Atari ST, Amiga, Commodore, Dreamcast…). C'est un système de catalogage et de nommage, dont la mission est d'identifier tout ce qui circule.
Le revers est immédiat : on y trouve les bonnes roms et les mauvaises, des fichiers défectueux, des sauvegardes supplémentaires, des hacks, des faux, des homebrews… Il n'est pas rare d'avoir vingt-sept versions d'un même jeu dont trois seulement fonctionnent correctement.
TOSEC est excellent pour l'archivage, mais peu exploitable tel quel pour jouer. Ne l'utilisez que s'il n'existe pas d'alternative No-Intro ou Redump — et prenez alors le temps de trier soigneusement.
Fichiers .dat : tosecdev.org.
TruRip se consacre aux jeux sur CD et vise le duplicata le plus exact possible du média original — sans les en-têtes ni les ajustements qui garantissent le bon fonctionnement dans les émulateurs. C'est l'approche la plus puriste, mais aussi la plus incomplète : beaucoup de jeux manquent sur certaines plateformes, et le groupe est aujourd'hui très peu actif.
GoodTools poursuit un but proche de TOSEC pour certains systèmes à cartouches : rassembler chaque jeu et chaque version de chaque jeu. Vous obtiendrez donc une vingtaine de versions de Super Mario (USA, JP, EUR, versions piratées, alternatives…). C'est un système de catalogage, pas de purification : ces sets mélangent des roms de plusieurs origines et ne conviennent pas au netplay.
Les tags entre parenthèses et crochets ajoutés aux noms de fichiers viennent en grande partie de ce système : voir Tags utilisés dans les noms des roms.
L'arcade est un cas à part : le romset doit correspondre exactement à la version de l'émulateur utilisé. Les fichiers .dat correspondant aux cores fournis avec Recalbox sont déjà présents sur votre machine, dans le partage réseau arcade — voir Trier et mettre à jour ses roms.
Pour tout comprendre à l'arcade (romsets split/merged/non-merged, BIOS, CHD, dépendances), lisez L'arcade dans Recalbox.
Le tableau de recommandation plateforme par plateforme est sur la page Les romsets à utiliser pour Recalbox.